Dystonie et kinésithérapie


Dystonie et kinésithérapie

Dystonie et kinésithérapie/Discipline psycho-motrice

(Traduction du Bulletin de la Dystonia Society britannique – Automne 2013)

kineLors de notre enquête sur les traitements, l’an dernier, un pourcentage élevé de patients ayant essayé la kinésithérapie pour le torticolis spasmodique, ont trouvé qu’elle était utile à condition d’être proposée par un kinésithérapeute spécialisé et connaissant la dystonie.

Certaines des techniques utilisées en kinésithérapie ne sont pas nouvelles. Dans cet article, un de nos conseillers médicaux, le Dr Marie-Hélène Marion, décrit une des techniques utilisées en kinésithérapie : la discipline psycho-motrice. L’idée a été avancée il y a cent ans par un des pionniers en matière de compréhension de la dystonie, Henri Meige. Cet article provient du blog du Dr Marion.

Avant d’essayer de nouveaux exercices thérapeutiques (voir ci-dessous), vous devez toujours consulter votre spécialiste pour vous assurer qu’ils conviennent à votre cas. Les exercices doivent toujours être supervisés par un kiné pour garantir une mise en œuvre correcte et le respect du temps imparti. Henri Meige*, neurologue français qui consacra ses recherches aux mouvements anormaux, préconisa en 1907 une discipline psycho – motrice pour le traitement du torticolis spasmodique. C’était l’époque où il n’existait pas de traitement médicamenteux et le recours à la toxine botulique n’était même pas envisagé.

Le patient devient acteur de son traitement

Le traitement est basé sur des immobilisations et des mouvements réguliers devant un miroir ; le malade doit être soutenu par sa famille et son médecin, étant donné que ces exercices quotidiens demandent beaucoup d’efforts et de détermination de la part du patient. « Le but du traitement est de corriger les postures anormales, de mettre au repos les muscles hyperactifs et d’acquérir le contrôle des actes moteurs ».

Le patient a besoin de mener une vie régulière, d’aller au lit à des heures régulières

On dit au patient que le déroulement de la maladie est capricieux, qu’il faudra persévérer et que les exercices seront finalement bénéfiques.

Le patient doit s’entraîner devant son miroir trois fois par jour

Le patient est assis, sans appuyer le dos, les mains à plat sur une table. Le miroir est partagé par une ligne verticale qui correspond au milieu du visage et deux lignes horizontales correspondant à l’alignement des yeux et la base du cou au-dessus des épaules afin que le patient soit conscient du mouvement de la tête. On demande au patient de se concentrer sur le point d’intersection des deux premières lignes.

Deux types d’exercices:

Immobilisation (en tenant la tête au repos) : garder la tête sans bouger 5 secondes. A répéter 10 fois avec 15 secondes de pause entre chaque immobilisation – la durée pendant laquelle la tête est au repos augmente de 5 secondes chaque jour.

Mouvement : mouvement lent et fluide, sans saccade (mouvement rapide). Les mouvements à effectuer à tour de rôle :

  • Rotation de la tête
  • Flexion latérale (en déplaçant la tête vers l’épaule tout en regardant devant soi)
  • Flexion avant (en penchant la tête en avant)
  • Extension (en courbant la tête en arrière)
  • Et aussi des mouvements d’épaule, de bras et du tronc et des exercices de relaxation musculaire
  • Faire aussi des exercices d’écriture, de lecture, de respiration et d’élocution toujours devant le miroir.

Henri Meige était convaincu que ces exercices aideraient à gérer la dystonie.

Toutefois, il n’a pas donné de chiffre sur la proportion de patients ayant connu une amélioration, mais il s’agissait de patients suivis pendant plus de 5 ans.

Depuis les années 80, la kinésithérapie pour la dystonie du cou a été développée en France, par Jean-Pierre Bleton.

Elle reste une spécificité française en dépit d’efforts individuels pour la développer à l’étranger.

Les injections de toxine botulique sont le traitement d’excellence pour la dystonie cervicale. Elles sont très bénéfiques mais présentent le désavantage de laisser le patient dans l’attente passive d’injections tous les 3 mois. Le miroir est encore un outil très important dans l’approche thérapeutique de la dystonie cervicale, étant donné que les patients sont fréquemment imprécis lorsqu’ils évaluent la position de la tête – pensant par exemple que la tête est droite, quand, en réalité, la position de la tête montre une inclinaison ou une rotation de 20 degrés. Peut-être est-il temps pour les malades atteints de dystonie cervicale de devenir acteurs de leur traitement et de chercher une stratégie thérapeutique incluant des injections de toxine botulique et une « discipline psycho-motrice » sans oublier le rôle du miroir.

* Henri Meige : Les péripéties d’un torticolis mental. Histoire clinique et thérapeutique. Nouvelle iconographie de la Salpétrière. 1907 ,6 :461-480